Ouzbékistan

Depuis la répression dans le sang des émeutes d’Andijan en 2005, le régime autocratique d’Islam Karimov a tout fait pour étendre à Internet le contrôle absolu qu’il exerçait sur les médias traditionnels. Il s’est progressivement doté de structures institutionnelles, d’instruments législatifs et de technologies d’avant-garde pour s’assurer que la Toile ne mette pas son pouvoir en péril. Depuis 2011, les fournisseurs d’accès privés passent tous par la compagnie d’Etat Uztelecom pour accéder à Internet, ce qui simplifie encore la procédure de blocage des sites internet. La plupart des sites d’information indépendants, d’opposition ou de défense des droits de l’homme sont inaccessibles dans le pays et n’apparaissent pas dans le moteur de recherche national www.uz. L’accès aux outils de contournement de la censure est lui aussi de plus en plus largement entravé. La Commission d’experts sur l’information et les communications de masse traque en permanence de potentiels contenus à l’influence “négative ou destructrice”. Mais lorsqu’elles veulent faire taire blogueurs ou journalistes en ligne, les autorités ne s’embarrassent pas de procès dans les formes : plusieurs croupissent en prison, dans des conditions effroyables, sous des accusations montées de toutes pièces de “trafic de drogue” ou de “corruption”. En décembre 2014, le site d’information de référence Uznews.net a été contraint de fermer après que la messagerie électronique de sa rédactrice en chef a été piratée.

L’Ouzbékistan est classé 166ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Turkménistan

L’ampleur de la censure d’Internet au Turkménistan est à l’image du régime ultra-autoritaire de Gourbangouly Berdymoukhamedov, classé 178e sur 180 dans le Classement mondial 2015 de la liberté de la presse. Le président, qui se fait appeler “Père protecteur” (Arkagad), défend si bien son peuple des influences extérieures qu’à peine 10% de la population avait accès à Internet en 2013. Encore ces pionniers ne surfent-ils que sur une version extrêmement censurée du World Wide Web, baptisée “Turkmenet”. Et lorsqu’ils fréquentent les cybercafés, c’est munis d’une pièce d’identité. L’accès au réseau est rendu difficile par le coût extrêmement prohibitif de la connexion et le monopole absolu de l’opérateur d’Etat TurkmenTelekom. Un monopole qui garantit aux autorités une maîtrise totale du Net : la compagnie contrôle le seul point d’accès au réseau internet mondial et rend inaccessibles tous les sites que le gouvernement lui demande de bloquer. Les motifs demeurent secrets, mais la multitude de sites bloqués laisse imaginer qu’ils sont extrêmement stricts : la plupart des sites d’information indépendants ou étrangers sont censurés, de même que les principales plateformes de blogs. Les géants de l’Internet mondial (Facebook, Twitter, Gmail…) connaissent régulièrement le même sort.

Le Turkménistan est classé 178ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Kazakhstan

Les autorités kazakhes ont démontré l’étendue de leur savoir-faire lors de la sanglante répression des émeutes de Janaozen, en décembre 2011, lors de laquelle Internet et les télécommunications ont été coupés dans la région, tandis que Twitter et les principaux sites d’information indépendants étaient filtrés dans tout le pays. Des pratiques désormais parfaitement légales. Depuis avril 2014, le gouvernement peut faire bloquer en quelques heures n’importe quel site internet sans décision de justice : il suffit qu’il y voie un “préjudice aux personnes, à la société ou à l’Etat”, ou encore des informations “appelant à prendre part à des activités extrémistes, à des désordres de masse ou à des manifestations non autorisées”. En pareil cas, les autorités peuvent couper tout réseau ou moyen de communication. De nombreux sites d’information indépendants, auparavant filtrés de temps à autre, sont aujourd’hui rendus inaccessibles de façon permanente. Totalement paranoïaques, les autorités tirent systématiquement sur le porteur de mauvaises nouvelles : ces derniers mois, Fergananews.com a été bloqué pour avoir mentionné des affrontements communautaires dans un village du sud du Kazakhstan ; Kloop.kg, pour avoir évoqué la présence d’enfants kazakhs dans les camps d’entraînement du groupe État islamique ; Meduza.io, pour avoir enquêté sur les velléités séparatistes pro-russes dans le nord du pays. Quant aux blogueurs critiques, ils sont de plus en plus fréquemment jetés en prison, de quelques jours à quelques semaines.

Le Kazakhstan est classé 160ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.