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Turquie

Non content d’étendre son emprise sur les médias traditionnels, le président Recep Tayyip Erdogan a tout mis en oeuvre pour reprendre en main Internet, lieu d’expression privilégié d’une société civile très vivace. Après des réformes draconiennes, le blocage de sites web sans décision de justice est devenu systématique : le gouvernement est habilité à ordonner “en urgence” le “blocage préventif” de tout contenu. Les fournisseurs d’accès à Internet ont quatre heures pour obtempérer, et la validation a posteriori d’un juge a tout d’un simple coup de tampon. Les autorités turques monopolisent aussi près de la moitié des demandes de retrait de contenu auprès de Twitter. Au besoin, Ankara n’hésite pas à bloquer l’intégralité de cette plateforme ou de YouTube, une extrémité à laquelle ne recourait jusqu’alors qu’une poignée d’Etats parmi les plus répressifs de la planète. Dans le même temps, les services de renseignement (MIT) ne cessent d’approfondir leurs techniques de surveillance généralisée des citoyens. La Turquie occupe la 149e place sur 180 au dernier Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

Malaisie

Le Premier ministre Najib Razak mène une guerre personnelle contre les médias jugés trop indépendants et n’hésite pas à envoyer les forces de l’ordre dans les rédactions. La chasse aux journalistes critiques s’étend aussi à Internet où certains sites comme Sarawak ou The Edge ont été bloqués pour avoir rapporté des allégations de corruption visant des responsables officiels. A l’approche des élections locales à Sarawak (île de Borneo), en avril 2011, de nombreux sites Internet de l’opposition ou d’information avaient été victimes de cyberattaques de type DDoS, parmi lesquels les sites Sarawak Report, Radio Free Sarawak, Dayak Baru Blog et Malaysiakini. Des lois draconiennes telles que l’Internal Security Act (ISA) ou encore le Sedition Act permettent aux autorités d’intimider les journalistes et les blogueurs critiques : dans les 2 premiers mois de l’année 2015, pas moins de 23 journalistes et blogueurs ont été interrogés par la police pour leur déclaration en ligne. En l’absence d’une justice indépendante, le gouvernement n’hésite pas non plus à harceler certains médias en les traînant devant les tribunaux.

Bahreïn

Au Bahreïn, l’Autorité des affaires de l’information (AAI) a acquis dès 2002 le pouvoir de censurer des sites internet. La publication de contenus critiques envers l’islam et le roi, et l’incitation à la violence ou au renversement du régime sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Le gouvernement bahreini contrôle d’autant plus facilement le réseau qu’il est actionnaire majoritaire du principal fournisseur d’accès Internet dans le royaume, Batelco, lequel surveille et filtre le trafic. Bien que les autorités avancent le motif de de la protection des citoyens contre la pornographie, de nombreux sites sont ciblés du fait de leur contenu politique. Depuis les manifestations pro-démocratie de février 2011, plusieurs sites d’information ont été interdits pour avoir publié des articles critiquant le régime, à l’instar du quotidien Al-Quds Al-Arabi ou du Bahrainmirror. La censure en ligne passe aussi par les persécutions des voix dissidentes : le défenseur des droits de l’homme Nabeel Rajab, la blogueuse Ghada Jamsheer, et Maryam Al-Khawaja, co-présidente du Bahrain Center for Human Rights ont été arrêtés pour leurs activités de publication en ligne à la fin de l’année 2014.

Le Bahreïn occupe la 163ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Cuba

A Cuba, l’accès à Internet demeure restreint en raison de son coût prohibitif et reste extrêmement contrôlé. Les autorités invoquent fréquemment l’embargo américain pour justifier le faible taux de pénétration d’Internet sur l’île mais l’activation du câble à fibre optique vénézuelien ALBA-1 démontre une volonté politique des autorités de contrôler le réseau. Très peu de journalistes et de blogueurs cubains indépendants peuvent donc être lus dans le pays. Il est difficile pour ces derniers comme ceux d’Hablemos Press de se rendre dans des cybercafés ou dans des hôtels pour actualiser leurs sites car les connections sont trop lentes et leurs comptes souvent piratés. Ils sont contraints de se rendre dans des sièges diplomatiques pour avoir accès à Internet. Depuis les ambassades, ils postent leurs écrits sur des sites hébergés à l’étranger. Constamment harcelés par les autorités, ils se retrouvent sous la surveillance d’agents qui sillonnent les rues et n’hésitent pas à effacer les informations en leur possession, les menaçant de les arrêter voire de les incarcérer.

Dernier pays de la zone Amériques, Cuba est 169ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.

Iran

Bien que l’Iran travaille toujours à la mise en place d’un Internet national (Internet halal), les autorités continuent de développer les infrastructures internet dans le pays, pour des raisons économiques. D’après les chiffres officiels, avec un taux de pénétration Internet de 49,13% et 36 millions d’internautes, l’Iran est l’un des pays les plus connectés de la région. Ainsi, au cours de l’année dernière, l’importation des matériels informatiques et des téléphones portables en provenance de Chine (2 320 632 968) et des Emirats arabes unis (1 590 540 625) s’élevait à plus trois milliards de dollars, selon les chiffres officiels de la chambre de commerce de Téhéran. De très nombreux sites d’information, pour la plupart proches des réformateurs mais même des médias conservateurs sont bloqués. Les raisons invoquées sont souvent les mêmes : publicité contre le régime, publication immorale, atteintes à la sécurité nationale ou insulte envers le sacré . Des objectifs avant tout politiques : pour rappel, il est plus facile en Iran d’accéder à du contenu pornographique qu’à des sites d’information indépendants. Selon les information publiées par les médias officiels du régime, à ce jour plus de 50 net-citoyens ont été arrêtés, une vingtaine a été condamnée à des peines allant de un à huit ans de prison ferme. Ces arrestations sont principalement le fait des Gardiens de la révolution avec lesquels la justice iranienne, à la solde du Guide Suprême Ali Khamenei, collabore.

L’Iran est classé 173ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Vietnam

Le pouvoir vietnamien ne tolère aucun débat politique en ligne et muselle sans pitié blogueurs et cyberdissidents qui osent remettre en question sa légitimité ou sa politique interne. Son contrôle de l’information en ligne se traduit non seulement par une censure des blogs et réseaux sociaux mais aussi par la mise sous surveillance des journalistes citoyens et le harcèlement judiciaire de ces derniers et de leur famille. Les sites et blogs d’information indépendants sont implacablement bloqués par des pare-feux et leurs propriétaires sont souvent arrêtés ou exposés à des ennuis considérables si leurs publications diffèrent de la vision propagée par le Parti communiste. La plupart des entreprises du Net et fournisseurs d’accès appartiennent à l’Etat et sont ainsi les premiers surveillants du Net, bloquant  notamment les sites en fonction des  noms de domaine. Il est fréquent que les mots de passe soient piratés et les connexions ralenties les jours d’arrestations et de procès de dissidents. La navigation sur l’Internet mobile est également soumise à une surveillance rigoureuse, l’Etat contrôlant les trois principaux opérateurs.

Le Vietnam est classé 175ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Chine

Censure massive de sites étrangers, espionnage des cyberdissidents, utilisation des réseaux sociaux au service de la propagande, “autodafés numériques” de sites ouïghours, la Chine reste l’un des Etats qui ont mis en place les systèmes de censure et de surveillance du Net les plus sophistiqués au monde. L’ensemble des outils mis en place pour filtrer et surveiller Internet en Chine est connu sous le nom de « Great Firewall of China ». Lancé en 2003, ce système permet de filtrer l’accès aux sites étrangers, de bloquer des mots clés tels que « droits de l’homme », « Tian’anmen » ou « Liu Xiaobo ». Des moyens de surveillance sont intégrés dans les réseaux sociaux chinois ou services de chat (Sina Weibo QQ) et de VoIP. Les entreprises privées sont directement chargées par les autorités chinoises d’assurer la censure sur leur réseau. Dans certaines régions du Tibet et du Xinjiang, la vitesse de débit du Web serait plus de deux fois plus lente que dans les grandes villes côtières. Pourtant, la croissance fulgurante du Web participatif, et ses effets sur les débats sociaux et politiques, complique chaque jour un peu plus la tâche des censeurs. L’intensification du contrôle et de la répression à l’encontre des net-citoyens et de leurs outils en ligne est symptomatique de la nervosité du régime.

La Chine est classée 175ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Émirats arabes unis

Aux Émirats arabes unis, c’est l’Autorité de régulation des télécommunications (TRA) qui décide des informations qui peuvent ou non être publiées sur le Web émirati. La liste des sites bloqués est longue ; celle des critères sur lesquels s’appuie le blocage des contenus l’est tout autant : “contraires à l’éthique et la morale”, “expressions d’une haine des religions”, “risque direct ou indirect pour les internautes”… Qu’ils rapportent des faits ou interrogent l’ordre établi, les médias ont finalement peu de chance d’être lus depuis les Émirats. Et lorsqu’elle le juge nécessaire, la justice n’hésite pas à condamner lourdement. En novembre 2014, le net-citoyen Oussama al-Najjar est condamné à trois ans de prison et à une lourde amende pour s’être exprimé sur Twitter sur la torture infligée aux prisonniers dans les Émirats. Arrêté sans aucun motif officiel, il sera à son tour torturé pendant quatre jours puis condamné, notamment pour offense à l’Etat, incitation à la haine et à la violence et diffusion de fausses informations.

Les Émirats arabes unis sont classés 120ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Russie

Hier encore plutôt libre, la Toile russe est largement reprise en main depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, en 2012. Internet avait joué un rôle crucial dans le vaste mouvement de protestation qui avait secoué le pays au cours des mois précédents, et le soulèvement de Maïdan n’a fait que renforcer la paranoïa des autorités. Créée en 2012 au nom de la “protection de l’enfance”, la liste noire des sites internet bloqués ne cesse de s’élargir. Depuis février 2014, les sites supposés relayer des “appels à participer à des manifestations non autorisées” peuvent être bloqués sans décision de justice. Ce qui a valu aux sites d’information Grani.ru, EJ.ru et Kasparov.ru d’être rendus inaccessibles un mois et demi plus tard. Depuis l’été 2014, les blogueurs influents sont tenus de s’enregistrer sous leur vrai nom et soumis à des obligations voisines de celles des médias. Ils sont désormais pénalement responsables des commentaires déposés sur leurs sites.

La Russie est classée 152ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.