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Bahreïn

Au Bahreïn, l’Autorité des affaires de l’information (AAI) a acquis dès 2002 le pouvoir de censurer des sites internet. La publication de contenus critiques envers l’islam et le roi, et l’incitation à la violence ou au renversement du régime sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Le gouvernement bahreini contrôle d’autant plus facilement le réseau qu’il est actionnaire majoritaire du principal fournisseur d’accès Internet dans le royaume, Batelco, lequel surveille et filtre le trafic. Bien que les autorités avancent le motif de de la protection des citoyens contre la pornographie, de nombreux sites sont ciblés du fait de leur contenu politique. Depuis les manifestations pro-démocratie de février 2011, plusieurs sites d’information ont été interdits pour avoir publié des articles critiquant le régime, à l’instar du quotidien Al-Quds Al-Arabi ou du Bahrainmirror. La censure en ligne passe aussi par les persécutions des voix dissidentes : le défenseur des droits de l’homme Nabeel Rajab, la blogueuse Ghada Jamsheer, et Maryam Al-Khawaja, co-présidente du Bahrain Center for Human Rights ont été arrêtés pour leurs activités de publication en ligne à la fin de l’année 2014.

Le Bahreïn occupe la 163ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Cuba

A Cuba, l’accès à Internet demeure restreint en raison de son coût prohibitif et reste extrêmement contrôlé. Les autorités invoquent fréquemment l’embargo américain pour justifier le faible taux de pénétration d’Internet sur l’île mais l’activation du câble à fibre optique vénézuelien ALBA-1 démontre une volonté politique des autorités de contrôler le réseau. Très peu de journalistes et de blogueurs cubains indépendants peuvent donc être lus dans le pays. Il est difficile pour ces derniers comme ceux d’Hablemos Press de se rendre dans des cybercafés ou dans des hôtels pour actualiser leurs sites car les connections sont trop lentes et leurs comptes souvent piratés. Ils sont contraints de se rendre dans des sièges diplomatiques pour avoir accès à Internet. Depuis les ambassades, ils postent leurs écrits sur des sites hébergés à l’étranger. Constamment harcelés par les autorités, ils se retrouvent sous la surveillance d’agents qui sillonnent les rues et n’hésitent pas à effacer les informations en leur possession, les menaçant de les arrêter voire de les incarcérer.

Dernier pays de la zone Amériques, Cuba est 169ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.

Iran

Bien que l’Iran travaille toujours à la mise en place d’un Internet national (Internet halal), les autorités continuent de développer les infrastructures internet dans le pays, pour des raisons économiques. D’après les chiffres officiels, avec un taux de pénétration Internet de 49,13% et 36 millions d’internautes, l’Iran est l’un des pays les plus connectés de la région. Ainsi, au cours de l’année dernière, l’importation des matériels informatiques et des téléphones portables en provenance de Chine (2 320 632 968) et des Emirats arabes unis (1 590 540 625) s’élevait à plus trois milliards de dollars, selon les chiffres officiels de la chambre de commerce de Téhéran. De très nombreux sites d’information, pour la plupart proches des réformateurs mais même des médias conservateurs sont bloqués. Les raisons invoquées sont souvent les mêmes : publicité contre le régime, publication immorale, atteintes à la sécurité nationale ou insulte envers le sacré . Des objectifs avant tout politiques : pour rappel, il est plus facile en Iran d’accéder à du contenu pornographique qu’à des sites d’information indépendants. Selon les information publiées par les médias officiels du régime, à ce jour plus de 50 net-citoyens ont été arrêtés, une vingtaine a été condamnée à des peines allant de un à huit ans de prison ferme. Ces arrestations sont principalement le fait des Gardiens de la révolution avec lesquels la justice iranienne, à la solde du Guide Suprême Ali Khamenei, collabore.

L’Iran est classé 173ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Vietnam

Le pouvoir vietnamien ne tolère aucun débat politique en ligne et muselle sans pitié blogueurs et cyberdissidents qui osent remettre en question sa légitimité ou sa politique interne. Son contrôle de l’information en ligne se traduit non seulement par une censure des blogs et réseaux sociaux mais aussi par la mise sous surveillance des journalistes citoyens et le harcèlement judiciaire de ces derniers et de leur famille. Les sites et blogs d’information indépendants sont implacablement bloqués par des pare-feux et leurs propriétaires sont souvent arrêtés ou exposés à des ennuis considérables si leurs publications diffèrent de la vision propagée par le Parti communiste. La plupart des entreprises du Net et fournisseurs d’accès appartiennent à l’Etat et sont ainsi les premiers surveillants du Net, bloquant  notamment les sites en fonction des  noms de domaine. Il est fréquent que les mots de passe soient piratés et les connexions ralenties les jours d’arrestations et de procès de dissidents. La navigation sur l’Internet mobile est également soumise à une surveillance rigoureuse, l’Etat contrôlant les trois principaux opérateurs.

Le Vietnam est classé 175ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Chine

Censure massive de sites étrangers, espionnage des cyberdissidents, utilisation des réseaux sociaux au service de la propagande, “autodafés numériques” de sites ouïghours, la Chine reste l’un des Etats qui ont mis en place les systèmes de censure et de surveillance du Net les plus sophistiqués au monde. L’ensemble des outils mis en place pour filtrer et surveiller Internet en Chine est connu sous le nom de « Great Firewall of China ». Lancé en 2003, ce système permet de filtrer l’accès aux sites étrangers, de bloquer des mots clés tels que « droits de l’homme », « Tian’anmen » ou « Liu Xiaobo ». Des moyens de surveillance sont intégrés dans les réseaux sociaux chinois ou services de chat (Sina Weibo QQ) et de VoIP. Les entreprises privées sont directement chargées par les autorités chinoises d’assurer la censure sur leur réseau. Dans certaines régions du Tibet et du Xinjiang, la vitesse de débit du Web serait plus de deux fois plus lente que dans les grandes villes côtières. Pourtant, la croissance fulgurante du Web participatif, et ses effets sur les débats sociaux et politiques, complique chaque jour un peu plus la tâche des censeurs. L’intensification du contrôle et de la répression à l’encontre des net-citoyens et de leurs outils en ligne est symptomatique de la nervosité du régime.

La Chine est classée 175ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Émirats arabes unis

Aux Émirats arabes unis, c’est l’Autorité de régulation des télécommunications (TRA) qui décide des informations qui peuvent ou non être publiées sur le Web émirati. La liste des sites bloqués est longue ; celle des critères sur lesquels s’appuie le blocage des contenus l’est tout autant : “contraires à l’éthique et la morale”, “expressions d’une haine des religions”, “risque direct ou indirect pour les internautes”… Qu’ils rapportent des faits ou interrogent l’ordre établi, les médias ont finalement peu de chance d’être lus depuis les Émirats. Et lorsqu’elle le juge nécessaire, la justice n’hésite pas à condamner lourdement. En novembre 2014, le net-citoyen Oussama al-Najjar est condamné à trois ans de prison et à une lourde amende pour s’être exprimé sur Twitter sur la torture infligée aux prisonniers dans les Émirats. Arrêté sans aucun motif officiel, il sera à son tour torturé pendant quatre jours puis condamné, notamment pour offense à l’Etat, incitation à la haine et à la violence et diffusion de fausses informations.

Les Émirats arabes unis sont classés 120ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Russie

Hier encore plutôt libre, la Toile russe est largement reprise en main depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, en 2012. Internet avait joué un rôle crucial dans le vaste mouvement de protestation qui avait secoué le pays au cours des mois précédents, et le soulèvement de Maïdan n’a fait que renforcer la paranoïa des autorités. Créée en 2012 au nom de la “protection de l’enfance”, la liste noire des sites internet bloqués ne cesse de s’élargir. Depuis février 2014, les sites supposés relayer des “appels à participer à des manifestations non autorisées” peuvent être bloqués sans décision de justice. Ce qui a valu aux sites d’information Grani.ru, EJ.ru et Kasparov.ru d’être rendus inaccessibles un mois et demi plus tard. Depuis l’été 2014, les blogueurs influents sont tenus de s’enregistrer sous leur vrai nom et soumis à des obligations voisines de celles des médias. Ils sont désormais pénalement responsables des commentaires déposés sur leurs sites.

La Russie est classée 152ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Ouzbékistan

Depuis la répression dans le sang des émeutes d’Andijan en 2005, le régime autocratique d’Islam Karimov a tout fait pour étendre à Internet le contrôle absolu qu’il exerçait sur les médias traditionnels. Il s’est progressivement doté de structures institutionnelles, d’instruments législatifs et de technologies d’avant-garde pour s’assurer que la Toile ne mette pas son pouvoir en péril. Depuis 2011, les fournisseurs d’accès privés passent tous par la compagnie d’Etat Uztelecom pour accéder à Internet, ce qui simplifie encore la procédure de blocage des sites internet. La plupart des sites d’information indépendants, d’opposition ou de défense des droits de l’homme sont inaccessibles dans le pays et n’apparaissent pas dans le moteur de recherche national www.uz. L’accès aux outils de contournement de la censure est lui aussi de plus en plus largement entravé. La Commission d’experts sur l’information et les communications de masse traque en permanence de potentiels contenus à l’influence “négative ou destructrice”. Mais lorsqu’elles veulent faire taire blogueurs ou journalistes en ligne, les autorités ne s’embarrassent pas de procès dans les formes : plusieurs croupissent en prison, dans des conditions effroyables, sous des accusations montées de toutes pièces de “trafic de drogue” ou de “corruption”. En décembre 2014, le site d’information de référence Uznews.net a été contraint de fermer après que la messagerie électronique de sa rédactrice en chef a été piratée.

L’Ouzbékistan est classé 166ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Turkménistan

L’ampleur de la censure d’Internet au Turkménistan est à l’image du régime ultra-autoritaire de Gourbangouly Berdymoukhamedov, classé 178e sur 180 dans le Classement mondial 2015 de la liberté de la presse. Le président, qui se fait appeler “Père protecteur” (Arkagad), défend si bien son peuple des influences extérieures qu’à peine 10% de la population avait accès à Internet en 2013. Encore ces pionniers ne surfent-ils que sur une version extrêmement censurée du World Wide Web, baptisée “Turkmenet”. Et lorsqu’ils fréquentent les cybercafés, c’est munis d’une pièce d’identité. L’accès au réseau est rendu difficile par le coût extrêmement prohibitif de la connexion et le monopole absolu de l’opérateur d’Etat TurkmenTelekom. Un monopole qui garantit aux autorités une maîtrise totale du Net : la compagnie contrôle le seul point d’accès au réseau internet mondial et rend inaccessibles tous les sites que le gouvernement lui demande de bloquer. Les motifs demeurent secrets, mais la multitude de sites bloqués laisse imaginer qu’ils sont extrêmement stricts : la plupart des sites d’information indépendants ou étrangers sont censurés, de même que les principales plateformes de blogs. Les géants de l’Internet mondial (Facebook, Twitter, Gmail…) connaissent régulièrement le même sort.

Le Turkménistan est classé 178ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.

Kazakhstan

Les autorités kazakhes ont démontré l’étendue de leur savoir-faire lors de la sanglante répression des émeutes de Janaozen, en décembre 2011, lors de laquelle Internet et les télécommunications ont été coupés dans la région, tandis que Twitter et les principaux sites d’information indépendants étaient filtrés dans tout le pays. Des pratiques désormais parfaitement légales. Depuis avril 2014, le gouvernement peut faire bloquer en quelques heures n’importe quel site internet sans décision de justice : il suffit qu’il y voie un “préjudice aux personnes, à la société ou à l’Etat”, ou encore des informations “appelant à prendre part à des activités extrémistes, à des désordres de masse ou à des manifestations non autorisées”. En pareil cas, les autorités peuvent couper tout réseau ou moyen de communication. De nombreux sites d’information indépendants, auparavant filtrés de temps à autre, sont aujourd’hui rendus inaccessibles de façon permanente. Totalement paranoïaques, les autorités tirent systématiquement sur le porteur de mauvaises nouvelles : ces derniers mois, Fergananews.com a été bloqué pour avoir mentionné des affrontements communautaires dans un village du sud du Kazakhstan ; Kloop.kg, pour avoir évoqué la présence d’enfants kazakhs dans les camps d’entraînement du groupe État islamique ; Meduza.io, pour avoir enquêté sur les velléités séparatistes pro-russes dans le nord du pays. Quant aux blogueurs critiques, ils sont de plus en plus fréquemment jetés en prison, de quelques jours à quelques semaines.

Le Kazakhstan est classé 160ème sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 de Reporters sans frontières.